Impacts environnementaux du polyester : pour la santé et la planète ?

En 2023, la production mondiale de polyester a dépassé les 60 millions de tonnes, représentant près de 60 % des fibres textiles utilisées dans l’industrie de l’habillement. Ce matériau synthétique, issu du pétrole, domine largement le marché, malgré des controverses persistantes autour de ses effets sur la santé humaine et les écosystèmes. Certaines réglementations européennes ciblent désormais les microfibres libérées par le lavage des vêtements en polyester, un signal fort face à la pression des scientifiques et des ONG. Les alternatives émergent, mais peinent encore à s’imposer face à la rentabilité et à l’omniprésence de cette fibre.

Polyester : un textile omniprésent aux origines controversées

Impossible d’échapper au polyester : il s’affiche sur les portants des magasins et squatte nos armoires sans scrupule. Sous ce nom passe-partout se cache une fibre entièrement synthétique conçue à partir du pétrole, qui s’est hissée en tête de la production textile mondiale. Inventée au XXe siècle par l’industrie chimique, cette matière a infiltré chaque recoin de notre quotidien, du t-shirt basique à la robe de soir, du jogging au maillot technique. Son principal atout : des coûts de fabrication imbattables pour une robustesse qui séduit l’industrie de la fast fashion. À ce jour, près de 60 % des fibres textiles produites sur la planète sont du polyester, reléguant coton et laine loin derrière.

La domination du polyester suit une carte géographique sans partage : la Chine et l’Asie du Sud-Est monopolisent la production, grâce à un accès facilité au pétrole et à une énergie à prix cassés. Transformant l’hydrocarbure en longues chaînes de polymères, puis en tissus résistants, ces usines inondent le marché mondial de vêtements à bas coût. Le polyester ne craint ni l’eau, ni les plis, ni l’usure, certains vont jusqu’à parler là de « plastique à porter ».

Derrière cette omniprésence, les critiques gagnent du terrain. Les vêtements en polyester viennent grossir les montagnes de déchets textiles disséminés partout dans le monde. Le recyclage, quant à lui, piétine faute de filières et d’installations à la hauteur de l’enjeu. Est-ce réellement un progrès lorsque cette matière ultra-répandue, née d’un processus industriel gourmand en énergie, pèse aussi lourdement sur l’environnement ? Entre promesses d’innovations et incertitudes sur la viabilité du modèle, l’industrie textile avance à tâtons.

Quels risques pour la santé et l’environnement derrière la fibre synthétique ?

Le revers du polyester, c’est un cocktail chimique loin d’être anodin. Dès la première étape de fabrication, ouvriers et riverains sont confrontés à de nombreux produits chimiques : acides puissants, solvants, métaux lourds, substances utilisées pour teinture et apprêts. Le tissu fabriqué laisse dans l’environnement une trace toxique qui s’incruste : effluents pollués, vapeurs dans l’air, contamination tenace des sols autour des usines.

Sur la santé, le polyester n’est pas inoffensif. Une peau sensible peut réagir : allergies ou irritations cutanées, rougeurs, sensation d’inconfort, surtout lors de fortes chaleurs ou d’activité physique intense. Ce ne sont pas toujours des détails anodins pour celles et ceux qui portent ce textile quotidiennement. Des additifs ou certains colorants migrent parfois de la fibre vers l’épiderme et accentuent ces désagréments.

Autre point de vigilance : l’utilisation de bisphénol A sur certains textiles, une substance classée perturbateur endocrinien et suivie de près par les pouvoirs publics, même si la réglementation varie selon les régions du monde. Les interrogations sur son impact sur le système hormonal persistent et alimentent la méfiance.

Mais l’effet ne s’arrête pas au seuil du foyer. À chaque lavage, les fibres synthétiques relâchent une part de leurs composants chimiques dans l’eau domestique. Ce flux finit, malgré les filtres, dans les cours d’eau, parfois jusque dans les nappes phréatiques, affectant durablement la biodiversité locale. Du centre de production jusqu’à la dernière lessive, le polyester laisse une empreinte qui dépasse largement le cercle de ses utilisateurs.

Microplastiques, pollution et toxicité : le vrai coût écologique du polyester

La véritable persistance du polyester se joue à une échelle invisible : le royaume des microplastiques. À chaque passage en machine, des fragments minuscules se détachent du textile et filent tout droit dans les eaux usées. Les installations de traitements, même modernisées, n’en viennent pas complètement à bout. Conséquence directe : ces particules plastiques drifting se retrouvent dans les rivières, les océans, puis finissent parfois jusqu’au fond de notre assiette, via les chaînes alimentaires.

La communauté scientifique ne cesse d’alerter : le polyester compte parmi les premières sources de déchets plastiques dans les milieux naturels, notamment aquatiques. Chaque lessive = des millions de micro-particules plastiques quasi indestructibles qui s’accumulent dans l’environnement. Un geste banal qui pèse lourd à l’échelle planétaire.

À cela s’ajoute une empreinte carbone conséquente tout au long du cycle de vie du polyester. Extraction du pétrole, transformation chimique énergivore, transport aux quatre coins du globe : à chaque étape, la production de gaz à effet de serre grimpe, aggravant le réchauffement climatique. Du fil à l’étagère, la note environnementale ne cesse de s’alourdir.

Et ensuite ? Une fois usés, les déchets textiles de polyester ne disparaissent pas : ils s’entassent, sont brûlés ou enfouis, générant d’autres polluants. Les initiatives réglementaires internationales sur le plastique ne parviennent pas à infléchir durablement la tendance. Même hors de nos armoires, le polyester imprime sa marque sur la planète pour longtemps.

Homme en windbreaker polyester assis sur un banc près d’un étang

Des alternatives responsables pour repenser notre rapport aux textiles

Face à ce constat, le secteur textile tente de se réinventer, sous la pression des ONG, de consommateurs mieux informés et du défi climatique. Premier levier d’action : le polyester recyclé (rPET), tiré du retraitement des bouteilles plastiques. Cela permet de réduire la dépendance au pétrole, certes, mais cette filière réclame elle aussi de l’énergie, des transformations chimiques et de nouveaux additifs. En somme, le recyclage du polyester, s’il représente un pas en avant, ne résout pas tous les problèmes environnementaux de cette fibre.

D’autres voix privilégient le retour aux fibres naturelles. Coton bio, lin, chanvre, laine : ces matières offrent une autre voie, à condition de garder un œil sur la façon dont elles sont cultivées. Le coton biologique ménage la ressource en eau et limite les pesticides, le lin pousse facilement sans arrosages massifs, le chanvre revitalise les sols. Pour s’y retrouver, il vaut la peine de retenir ces quelques éléments :

  • coton bio : moins d’eau dépensée, peu ou pas d’intrants nocifs
  • lin et chanvre : agriculture locale possible, bilan carbone allégé
  • laine : ressource renouvelable, biodégradable en fin de vie

Rallonger la vie des vêtements reste le plus grand geste d’impact : favoriser la réparation, l’échange, le don, ou l’achat d’occasion. D’autre part, il existe des sacs de lavage spécifiquement conçus pour retenir les microfibres (comme le guppyfriend), une réponse pragmatique pour freiner la pollution. L’essor de la mode éthique, centrée sur la transparence et des conditions de production humaines, pousse à choisir des matières renouvelables ou traçables. Acheter un vêtement, c’est déjà inscrire une empreinte pour demain.

En définitive, la trajectoire du polyester, c’est celle d’un monde qui hésite à trancher entre habitude et renouvellement. Repenser sa relation au vêtement, c’est aussi s’interroger sur sa place dans nos vies, une question qui promet de nourrir encore bien des débats.